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LE CENTRE D’ANTHROPOLOGIE DE L’EAU DE LA FLASH


Introduction
Enseignement
Projets
Enquêtes
Centre de documentation
Colloque international(novembre 2010)

 

INTRODUCTION

La Faculté des Lettres, Langues, Art et Sciences Humaines (FLASH), Université de Bamako, a ouvert un Centre d’anthropologie de l’eau en 2008. Ce Centre a été inauguré avec l’appui du Projet Niger-Loire : Gouvernance et Culture piloté au Mali à Bamako par le Bureau multi-pays de l’UNESCO pour le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Guinée et, depuis le Siège de l’UNESCO à Paris, par le Centre du Patrimoine Mondial depuis janvier 2008 pour une durée de trois ans (2008-2010).

Le Centre d’Anthropologie de l’Eau de la FLASH a reçu l’appui financier du Rectorat de l’Université de Bamako, de la FLASH et du Projet Niger-Loire / Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Malgré le boom des enquêtes rurales en Afrique sub-saharienne vers la fin des années 1980, l’étude des pratiques culturelles liées à l’eau demeure le parent pauvre de la recherche en sciences sociales. C’est pourquoi, dès le  lancement du Centre en février 2008, la FLASH a mobilisé ses ressources humaines et matérielles afin que la production du savoir sur les pratiques culturelles liées à l’eau soit l’un des domaines prioritaires de sa recherche en sciences sociales.

La valorisation des pratiques culturelles liées à l’eau exige de porter une attention soutenue aux expériences, aux savoirs et aux discours des femmes et hommes qui vivent par et avec l’eau. Cela requiert un changement de paradigme impliquant de nouvelles recherches. Pour y parvenir, le Centre d’Anthropologie de l’Eau de la FLASH procède à une totale intégration des disciplines sociales : anthropologie, sociologie, géographie, histoire, littérature et linguistique. Son approche multidisciplinaire et systémique va de pair avec l’identification des thématiques de recherche qui portent sur l’histoire, l’économie, la politique, la religion, l’organisation sociale, les migrations et les traditions orales des sociétés riveraines du fleuve Niger.

La population du Mali se caractérise par la grande diversité des groupes ethniques qui se sont installés dans le delta intérieur du Niger et tout au long de ce fleuve dont ils tirent leurs ressources quotidiennes. Cette diversité ethnique s’accompagne d’une grande diversité culturelle que les autorités de la République du Mali valorise – diversité dont les Maliens font un atout pour jouer un rôle très important dans le processus de développement du pays comme facteur de paix et comme moyen de lutte contre la pauvreté. Dans la région couverte par le fleuve Niger, les divisions entre ses différents usagers sont très importantes car elles dépendent de l’accès à l’eau, aux pâturages et de la fertilité des sols : eau, herbes et terre. Elles sont récurrentes entre les Soroko/Bozo ou « maîtres de l’eau », les Bamana ou « maîtres de la terre », les Peul ou « maîtres des pâturages et les anciens esclaves qui sont de plus en de plus des acteurs incontournables de la production agricole et de la vie politique. Si l’eau est à la source de ces divisions, elle a en même temps généré une dynamique de coexistence pacifique, de prévention et résolution des conflits. Connue sous le nom ancestral de sanankuya, littéralement « cousinage à plaisanterie », elle est aussi définie comme une « alliance cathartique avec fonction purificatrice » et constitue le socle de la formation de nation malienne.

Au Mali, le fleuve Niger et ses affluents ont rendu possible la naissance, chez les « maîtres de l’eau », d’une identité sociale à plusieurs facettes, en particulier grâce à l’arrivée et à l’installation d’autres peuples (Peuls, Marocains, Français etc.). Les récits oraux (contes, devinettes et légendes) sont des éléments culturels qui permettent d’analyser la nature changeante de cette identité.

Considéré, il y a quelques décennies, comme la source qui devrait faire du Mali le grenier à céréales, poisson, riz et viande de l’Afrique de l’Ouest, le fleuve Niger peine à nourrir ces propres « maîtres ». Ce fleuve s’effondre sous l’effet des actions humaines et naturelles. Les sociétés riveraines survivent grâce à une migration interne et externe. Ceux qui restent sur ses rives s’adaptent aux changements climatiques en diversifiant leurs activités (par exemple, en donnant priorité à l’agriculture et au commerce). La recherche sur les pratiques culturelles liées au fleuve Niger est importante, car non seulement le Mali compte sur ses eaux pour réduire la pauvreté, mais encore parce que la collecte et la documentation des savoirs locaux sur l’eau peuvent contribuer à formuler des stratégies de sauvetage du fleuve. Il est donc essentiel de savoir dans quelle mesure les pratiques et valeurs culturelles liées à l’eau peuvent constituer de véritables moyens pour un développement harmonieux des communes riveraines.

De nombreuses recherches ont porté sur les dimensions physiques et financières de l’eau, sur son importance politique et sur sa raréfaction. Le Centre d’Anthropologie de l’Eau de la FLASH offre aujourd’hui à la communauté des chercheurs en sciences sociales la possibilité d’explorer les dynamiques culturelles de leur société. Afin de mieux les connaître, dans une situation de dégradation environnementale et de désagrégation socioculturelle (démocratie et décentralisation), il est essentiel de comprendre les empreintes religieuses sur des populations dont la culture très ancienne a souvent précédé la venue de l’islam et l’essor des renouveaux religieux. 

Les relations entre les genres, et les maisons des jeunes sont autant d’éléments culturels dont le rôle est significatif dans les processus de gestion de l’économie, de socialisation et du maintien de l’équité homme/femmes. Les masques et marionnettes et d’autres jeux traditionnels liés à l’eau sont également des éléments culturels importants pour impliquer les populations riveraines dans la lutte pour la sauvegarde du fleuve. Au-delà de ce patrimoine matériel, les festivals des masques et marionnettes dans les différents villages riverains du fleuve et de ses affluents favorisent l’expression de l’identité culturelle telle qu’elle est vécue ou imaginée par les villages en compétition. Une approche historique et anthropologique des habitats et autres bâtiments construits par les sociétés riveraines permet d’observer les capacités d’adaptation socioculturelle de l’architecture liée à l’eau et de les comparer aux dynamiques des constructions modernes fondées sur le béton armé. L’identification, la collecte et l’analyse de tous ces éléments culturels offrent la possibilité de mieux connaître leurs interactions.

Les différents éléments culturels liés à l’eau comprennent les problématiques du changement climatique, de la migration, de la religion (locale/globale), de la médecine traditionnelle, du genre, de la résolution des conflits, de l’habitat et des loisirs, des mythes et des récits oraux, des perceptions des gens de l’eau face à la dégradation de leur fleuve, face à la disparition de nombreuses espèces de poissons et de nombreux animaux dont l’espèce est menacée de disparaître, ainsi que face aux grandes infrastructures hydroélectriques (ponts, barrages et irrigation). 

Le Centre d’Anthropologie de l’Eau de la FLASH vise également à stimuler une réflexion sur les forces et faiblesses des éléments culturels dont disposent les sociétés riveraines afin de faire face aux phénomènes naturels et humains qui menacent leur économie – et leur survie.

La recherche conduite par le Centre d’Anthropologie de l’Eau attire un vif intérêt de la part des décideurs chargés de définir des politiques communales en termes de sauvegarde et de mise en valeur des ressources environnementales et culturelles liées au fleuve Niger, ainsi que des chercheurs et des professionnels de l’eau intéressés par ce type de démarche en Afrique de l’Ouest. Les méthodologies élaborées visent à produire un corpus de savoirs locaux sur l’eau qui sont non seulement ancré dans les réalités des société riveraines du Mali, mais encore qui peuvent également être utilisés pour améliorer progressivement les modes de vie des communes urbaines et rurales riveraines du fleuve Niger et de ses affluents.


ENSEIGNEMENT


L’enseignement dispensé par le Centre d’Anthropologie de l’Eau doit aboutir en 2010 à la création d’un Master dans cette discipline.
Ses enseignants viennent de différents horizons : chercheurs et professeurs maliens et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, ou encore d’Europe et des Etats-Unis.
L’équipe permanente du Centre est composée de :
- Salif Berthe, Doyen de la FLASH, linguiste
- Abdoul S. Bah, professeur de géographie
- Moussa F. Coulibaly, professeur d'histoire
- Isaie Dougnon, professeur d’anthropologie
- Fatoumata B. Sylla, professeur de littérature
- Claudine Brelet, anthropologue, HDR, Senior expert auprès de l’UNESCO (Paris)


L’équipe permanente du Centre d’Anthropologie de l’Eau dans les jardins de la FLASH, université de Bamako.De droite à gauche : Salif Berthe, Abdoul S.Bah, Fatoumata B.Sylla, Isaîe Dougnon et Moussa F. Coulibaly.

PROJETS

Les animaux du Fleuve

Un projet participatif d’éducation environnementale et de conscientisation culturelle au Mali.

« Ce projet est passionnant par sa portée multidimensionelle (y compris la dimension politique) essentiellement liée aux objectifs poursuivis aussi bien que par l'énorme potentialité intégrative qu’apporte la stratégie préconisée dans les méthodes et approches qui sont articulées dans sa mise en oeuvre. En plus de son mérite propre, un tel projet devrait pouvoir bénéficier du contexte post Copenhague pour la mobilisation des ressources nécessaires. »
Dr Mohamed Abdelmoumène, ancien Directeur général adjoint de l’OMS.

Le nom même du Mali évoque l’oeuvre de deux prestigieux ethnologues qui ont contribué au rayonnement international de ce pays :
. Marcel Griaule, dont les travaux sur les Dogon ont modifié la perception que l’Occident avait de l’Afrique en démontrant que les cosmologies africaines étaient au moins aussi complexes que celles du monde méditerranéen antique ;
. Amadou Hampâté Bâ, fondateur de l’Institut des sciences humaines à Bamako, après avoir représenté son pays à la Conférence générale de l’UNESCO, fut élu, en 1962, membre du Conseil exécutif de l’UNESCO. En 1966, il participa à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines. On lui doit la célèbre phrase « chaque fois qu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »…

C’est dans cet esprit que le Projet « Les Animaux du Fleuve » a été initié par l’anthropologue Claudine Brelet dans le cadre du Projet « Fleuves Niger - Loire : gouvernance et culture », piloté par l’UNESCO (Bureau multi-pays de l’UNESCO à Bamako et Centre du Patrimoine Mondial à Paris), grâce à la participation croissante de plusieurs institutions nationales et internationales présentes dans la République du Mali, et de sa société civile, depuis janvier 2008.

La méthode préconisée par le Dr Claudine Brelet s’inspire de la pédagogie active du pédopsychiatre Ovide Decroly et de l’éducation conscientisante du pédagogue brésilien Paulo Freire, ancien Conseiller à l’UNESCO. L’approche globale du projet « Les Animaux du Fleuve » repose sur la participation communautaire, prônée par le système des Nations Unies, une dynamique impliquant à la fois la société civile et les institutions. Ce projet a pour objectif d’aider la société civile à mieux comprendre les interdépendances et les interactions qui se produisent entre le monde naturel et sa culture, matérielle et immatérielle afin de mieux protéger et valoriser le patrimoine du Mali et son histoire.

En effet, lorsque des animaux sauvages disparaissent, ce sont des pans entiers du patrimoine culturel du Mali qui risquent de s’effacer de la mémoire collective. Les jeunes générations risquent ainsi de perdre à jamais, avec la disparition de la faune sauvage de leur pays, des croyances, des rituels, des contes, des proverbes et d’autres pratiques liées à leur patrimoine naturel et culturel.

Tout en sensibilisant les enfants sur le thème « l’eau du Niger, notre beau fleuve, est source de toute vie », dans une école de chacun des quatre sites pilotes du Projet « Fleuves Niger – Loire » (Bamako, Ségou, Mopti, Djenné), des enseignants, en milieu rural et urbain, encouragent leurs élèves âgés de 7 à 12 ans à demander à leurs parents et à leurs voisins de leur parler des animaux non domestiqués qu’ils voyaient lorsqu’ils avaient leur âge sur les rives du fleuve Niger, au bord de ses affluents et des mares, mais qui en ont aujourd’hui disparu. Les enfants rapportent ensuite à leur classe les souvenirs des adultes – qui sont invités à les relater eux-mêmes, s’ils le désirent.

 La faune sauvage du Mali se trouve actuellement en régression, voire en extinction : plusieurs espèces ont accusé un déclin dramatique depuis 50 ans, notamment depuis la première vague de grande sécheresse dans les années 1970. Le changement climatique, le développement agricole en sont la cause, certes, mais aussi le braconnage. C’est pourquoi les Chefs traditionnels des Chasseurs et les Chefs traditionnels des Pêcheurs locaux sont également invités à présenter aux écoliers les traditions de leur Confrérie. Valoriser ce patrimonial oral sous l’égide de l’UNESCO encourage les pêcheurs et les chasseurs initiés à transmettre leur très ancien savoir aux enfants et, grâce aux médias, vers la société civile ; les Confréries des Chasseurs et des Pêcheurs revalorisent ainsi l’éthique environnementale dont leurs traditions sont le vecteur. Comme le souligne la Stratégie nationale en matière de diversité biologique du Mali : « la chasse dans la société traditionnelle était une activité réservée à un groupe social (la société ou confrérie des chasseurs), régi par une hiérarchie très stricte, soumis à une initiation/formation de longue durée et à un ensemble de règles. Ces règles connues de tous les pratiquants visaient l'équilibre de la nature ».

Chaque professeur est « jumelé » à un jeune anthropologue de la FLASH afin de soutenir ses efforts dans la collecte raisonnée des données recueillies par les enfants auprès de la population locale, puis transmises à leur classe tout au long de l’année. Les enfants sont ensuite invités à choisir et dessiner un ou plusieurs animaux vivant dans le fleuve, ou autour des points d’eau. Leurs dessins font l’objet d’un concours visant à pérenniser le projet « Les Animaux du Fleuve » afin d’intégrer l’éducation environnementale dans le cursus de l’éducation fondamentale

L’an passé, à Bamako, cette cérémonie a été organisée le 22 mars, Journée mondiale de l’eau, sous la présidence de M. Aghatam Ag Alhassane, alors Ministre de l’Environnement et maintenant Ministre de l’Agriculture, et sous le parrainage du chanteur malien Salif Keïta et s’est déroulée dans les jardins du Musée National où furent exposés les dessins primés. Dans le village de Mougna, en zone inondable à 45 km de Djenné, cette cérémonie s’est accompagnée d’une sortie des masques. En cette Année internationale de la Biodiversité 2010, la cérémonie de remise des récompenses aura lieu le 5 juin, Journée mondiale de l’Environnement.

Les données ainsi recueillies sur ce patrimoine culturel et naturel des populations riveraines du fleuve Niger et de ses affluents sont analysées à la FLASH de l’université de Bamako par les jeunes chercheurs du Centre d'anthropologie de l'eau et leurs professeurs, notamment MadameFatoumata B.Sylla-Touré spécialiste de la littérature orale.

ENQUÊTES

Six mois d’enquêtes intensives, effectuées par 16 étudiants préparant le Master (professionnel ou de recherche) – pas de doctorat pour le moment, contribuent à la multiplication des études sur les divers aspects culturels de l’eau et à améliorer ainsi l’environnement académique au Mali. Ces étudiants chercheurs ont bénéficié d’une bourse de la FLASH et/ou du Projet Niger-Loire.
Un séminaire méthodologique s’est tenu en janvier 2009 afin de former ces enquêteurs. Les enquêtes ont eu lieu en deux phases : pendant la saison sèche (février-mars) et pendant la saison des pluies ou hivernage (mai-juin). Trois chercheurs ont été affectés à la recherche bibliographique et treize sont partis sur le terrain.

 



Idriss Kanambayé s’entretient avec un pêcheur Bozo.
Photo© FLASH, université de Bamako

Une équipe de jeunes chercheurs sous la conduite d’Isaie Dougnon, leur professeur responsable du Centre d’anthropologie de l’eau de la FLASH, traverse en bac le Bani, un affluent du Niger, qui encercle la presqu’île fluviale où la ville de Djenné est bâtie. Photo© FLASH, université de Bamako

Sujets traités en 2009


CENTRE DE DOCUMENTATION
. Accès à Internet
. Bibliothèque
. Fiches techniques
. Objets artisanaux en relation avec la culture matérielle et immatérielle des populations riveraines du fleuve
. Equipement offert par le Projet Niger-Loire :
1 GPS Garmin 60, 3 bippers GPS, 4 appareils de photo numérique, 13 dictaphones

Réunion des professeurs dans le Centre d’anthropologie de l’eau de la FLASH.
Photo© FLASH, université de Bamako

 


COLLOQUES

La FLASH prépare, avec le Rectorat de l’université de Bamako et sous l’égide l’UNESCO, un colloque international sur les pratiques culturelles et le  développement des sociétés riveraines du fleuve Niger pour novembre 2010 à l’université de Bamako (Mali).