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EAU ET COSMOLOGIES, CROYANCES, RITUELS, PRATIQUES FESTIVES, LITTÉRATURE ORALE


Introduction
Le phénomène religieux
Afrique de l'Ouest
Littérature Orale
Travaux des chercheurs et des étudiants de la FLASH
Bibliographie


INTRODUCTION

Toute société se réfère à une cosmologie, c’est-à-dire un système de croyances décrivant et expliquant l’origine et la nature du cosmos, de l’univers et la place que les humains y occupent. Les mythes concernant l’origine du monde expriment ces croyances, les valeurs qui s’y attachent ;  ils reflètent la manière de concevoir le monde qui caractérise la culture d’une population, et donc sa manière de vivre et sa relation avec son environnement.

Les cosmologies et les mythes ne sont pas sans importance. Bien au contraire, ils fournissent des informations sur les structures mentales inconscientes d’une population, la manière dont elle conçoit la vie sous tous ses aspects. Ils ne peuvent donc être ignorés.

Dans plusieurs sociétés africaines, certains aspects des systèmes héréditaires de chefferies traditionnelles ont survécu à la Modernité et sont intimement liés à une cosmologie spécifique. Si le besoin d’un leadership démocratique fondé sur le mérite personnel entraîne une apparente disparition de cette chefferies dans les sphères politiques et administratives modernes, les chefs coutumiers n’en conservent pas moins une autorité morale sur leur communauté. Ainsi, dans les régions sub-sahariennes, il est difficile de comprendre la dynamique d’une société – ou d’une institution – sans étudier ses traditions religieuses héritées de sa cosmovision, manière d’interpréter le monde, la vie en général et celle des humains en particulier. En effet, les connaître permet de mieux en comprendre les stratifications sociales et interactions personnelles.


LE PHÉNOMÈNE RELIGIEUX

Le phénomène religieux se rencontre dans toutes les cultures africaines où une aura spirituelle entoure pratiquement chaque activité. Bien que leur panthéon comprennent de nombreuses divinités, les religions africaines sont monistes, car tout se qui existe est finalement la manifestation d’un seul et unique Créateur.

Les dieux africains sont multidimensionnels. Ils peuvent aussi bien se manifester par leur seule présence qu’être identifiés dans des objets qui les représentent. Ces divinités sont parfois des ancêtres divinisés, comme certains des orisha du Bénin, du Nigeria et du Togo.

Dans diverses régions, les dieux, orishas ou vodun, sont si nombreux (environ 600 au Nigeria) qu’ils sont parfois comparés aux anges et aux saints du panthéon monothéiste chrétien. Ces dieux sont assimilés aux énergies de la nature dans la religion vaudou qui, selon certains anthropologues, remonte à environ 10.000 ans…
La plupart des mythes d’origine, en Afrique comme dans d’autres régions, attribuent à l’eau une place essentielle, symbolisée par le grand Serpent de double nature mâle et femelle, que l’on retrouve dans la plupart des symboles des cosmologies et des religions les plus anciennes.



AFRIQUE DE L'OUEST

Création du monde : l’Etre Suprême

Chez les Bambara
Fimba, l’Esprit supérieur, créa la terre, ainsi que les anges, les djinns et les hommes pour l’adorer. Les djinns et les hommes n’ont pas la même conception du temps dans l’espace, car ils ne sont pas de même nature : ainsi, les hommes, créés à partir de l’argile, ne peuvent supporter la vue d’un djinn dans son élément naturel car la nature des djinns appartient au feu. Fimba enfouit dans la terre une partie de Lui-même qui germina, puis donna l’arbre Balanzan (Acacia albida) qui, à son tour, créa Muso Koroni Koundjè pour le servir, mais celui-ci se révolta, causant ainsi tous les maux dont les humains souffrent depuis. Balanzan devint tyrannique jusqu’à se nourrir du sang des hommes et se délecter du sang menstruel virginal. Alors, afin de mettre fin aux atrocités commises par Balanzan, Fimba envoya Faro, le Génie de l’eau qui ordonna le monde avec l’aide de Teliko, le Maître de l’air et du souffle.

Chez les Dogon
Le dieu créateur omnipotent et immatériel Amma créa notre système planétaire en lançant des boulettes de terre qui devinrent les étoiles. Il créa le Soleil (femelle), la Lune (mâle), puis la Terre en pétrissant un boudin d’argile et en l’étirant dans les quatre directions jusqu’à produire une femme allongée sur le dos, orientée dans l’axe Nord-Sud.  Il s’unit alors à la Terre-Mère, symbolisée par l’œuf du monde au double placenta, afin d’engendrer des créatures chargées de promouvoir sa création. Fécondés par le souffle- parole d’Amma, des jumeaux naquirent : Nommo et Yurugu ou le « Renard pâle ». Ce dernier, un être imparfait, ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so, ou la « parole volée », figurée par des graphes dont les pattes de renard tracent les symboles. La terre donna ensuite à Amma d’autres jumeaux, les Nommo à la fois mâle et femelle. Maîtres de la parole, ils l’enseignèrent aux huit premiers ancêtres des humains, soit quatre couples de jumeaux nés du premier couple façonné dans l’argile par Amma qui mit dans chaque être et chaque chose une parcelle de son Verbe créateur.

Chez les Yoruba
Lorsque Olorun ou l’Etre Suprême, connu également sous le nom de Olodumarè, décida de créer le monde, il confia cette importante mission à Oduduwa, son page, à qui il confia un foulard de femme empli d’un sable de nature très particulière (erukpe) et un coq. Aussitôt la terre se couvrit d’eau et Odududwa descendit alors du ciel dans sa pirogue d’où il jeta le sable contenu dans l’écharpe, et sur lequel il posa le coq qui, de ses pattes, le dispersa et fit ainsi apparaître la Terre. Il fonda en ce lieu Ile-Ife, la ville sainte des Yorubas dont il fut le premier roi. Ile-Ife devint un centre métallurgique important vers 1500 av. J.-C. : les outils de fer leur permirent de défricher la forêt tropicale, leur offrant une supériorité agricole, tandis que leurs armes en fer leur conférèrent une supériorité militaire. Selon la tradition Yoruba, le roi ou Òòni de Ife est le descendant direct d’Odùduwà, l’Etre Suprême, et le plus important des rois Yoruba.


Le Grand Serpent, Maître des Eaux

Dans les religions de l’Afrique de l’Ouest, l’Etre Suprême est à la fois mâle et femelle. Il est représenté par un grand serpent arc-en-ciel dont la partie rouge est mâle et la bleue, femelle. Ce Grand Serpent représente le dieu de la fécondité et de la fertilité. Il relie entre elles les différentes parties du Ciel et de la Terre. La plupart des mythes varient plus ou moins selon les régions et ceux qui les racontent, comme c’est le cas des variantes des légendes et des contes. Les noms des divinités connaissent également de nombreuses variantes.

Maracas façonnées en argile à Djenné, ville classée sur la liste du Patrimoine mondial UNESCO : elles représentent la création du monde entouré du Grand Serpent, symbole de fécondité. Selon la tradition de l’ethnie Bozo, fondatrice de cette ville, elles sont agitées lors des mariages.
Photos UNESCO / C.Brelet

Chez les Bambara ou Bamana
Le vide primordial donna naissance au savoir, puis s’enroula comme un grand serpent se manifestant en deux spirales tournant sur elles-mêmes en sens inverse et donna ainsi naissance à quatre mondes. Une masse lourde devint la terre en tombant, tandis qu’une partie légère s'éleva et devint le ciel qui, se répandant sur la terre sous la forme de l’eau, fit éclore la vie.

Le Serpent Bida chez les Sarakholé et les Soninké
Le nom de Bida signifie « boa » en Sarakholé, mais son mythe se rencontre dans la région s’étendant du Sahara au Ghana.  
Dans le royaume soninké du Ouagadou (région située entre le Sahara et la vallée du Niger), fondé au 4ème siècle, un mythe assimile un ancêtre de la famille royale, au Dieu Serpent, à qui l’on faisait des sacrifices. Garant de la prospérité du peuple soninké, il exigeait le sacrifice d’une belle jeune fille vierge tous les sept ans, sept mois, sept jours, mais afin de sauver la bien-aimée de son fils, un homme demanda au forgeron de son clan de fabriquer un clan et une lance. Le jeune homme tua le serpent, mais son extermination marqua le déclenchement d’une grande sécheresse.

Chez les Dogon - Mali
Le serpent joue également un rôle important dans la mythologie Dogon. Arou, l’un des fils du grand ancêtre de tous les Dogon mort au combat, ressuscita sous la forme d'un serpent qui accompagna leur migration depuis le Mandé au 14ème siècle jusque dans la falaise de Bandiagara. Le grand masque sculpté tous les 60 ans, pour la fête de Sigui, manifeste la présence vénérée du dieu des origines du monde, le Grand Serpent.

Chez les Fon - Bénin
Dans la cosmologie des Fon vivant sur les côtes du Bénin, le Grand Serpent  se nomme Da, ou encore Ayida Wedo, est la première créature conçue par Mawel ou Nana-Bulaku (également nommée Nan Buluku, Nana Baruku, Nana Baraclou, ou encore Boucalou), la déesse primordiale et par son compagnon. Da vit dans les eaux de l’océan où il maintient l’équilibre du monde où les rivières et les vallées sont générées par ses ondulations. Les excréments de Da ont formé les montagnes et fertilisé le sol, permettant ainsi aux végétaux d’exister. Da ne se nourrissait que de fer. Lorsqu’il n’en trouva plus, il commença à se mordre la queue ; se tordant de douleur, il fit basculer et disparaître le monde. Une autre variante raconte que le Serpent Créateur entoure le monde, ordonne le cosmos en se roulant en 3.500 anneaux au-dessus de la terre, et 3.500 autres au-dessous.

En Haïti, les pratiquants du vaudou nomment le Grand Serpent Dambala Wedo ; c’est lui qui, avec son épouse Ayida Wedo, réunit la terre et les eaux, créant ainsi la vie.


Génies et  déesses des eaux

Chez les Bambara, les Soninké, les Peuhls, Ba Faro, le Génie tutélaire des eaux chez les Bambara ou Bamana, symbolise l’eau et ses pouvoirs protégeant la vie et la santé des  hommes et des champs, mais aussi le cours du fleuve Niger. Représenté sous les trais d’une femme de peau claire, aux longs cheveux noirs, Faro, l’un des tout premiers êtres apparus sur terre à partir duquel apparaît l’espèce humaine, est une divinité androgyne symbolisant l’union des principes mâle et femelle. Le lamantin est son protégé – ce mammifère aquatique, dont l’espèce est menacée d’extinction, a pu inspirer la légende et les figurations des sirènes. Pour gouverner toute sa création, Faro plaça des génies en tous lieux. Des lieux de culte consacrés à Faro se trouvent tout au long des rives du Niger ; ce sont les Faro nty où des béliers, des bœufs blancs, des tomates, du mil, du fonio… lui sont sacrifiés. A Bamako, de nombreuses personnes vont encore prier Faro sur l’immense Faro nty de Sotuba.

Chez les Dogon - Mali
L'eau n’existe pas sans la présence d’un nommo. L’eau dans les mares et les puits ne tarit pas tant qu’un nommo s’y trouve. C’est pourquoi, pendant la saison des pluies ou korsol, la population doit leur faire un sacrifice. Les nommo cohabitent avec les génies nyérum. Ces génies de l’eau doivent recevoir des sacrifices, sinon ils se partent ailleurs et l’eau disparaît. Un vieux python peut se transformer en nommo. La pluie est guidée par le Serpent arc-en-ciel, à la fois mâle (en haut) et femelle (en bas). Le mil, dont le pilage dans le mortier symbolise l’acte sexuel, contient la force vitale ou nyama du génie de l’eau.
- DIETERLEN, G. (1996). "Valeurs symboliques de l’alimentation chez les Dogon", Journal des Africanistes, vol.66 : 81-104 et http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0399-0346_1996_num_66_1_1096

Chez les Yoruba - Nigeria
Yemandja ou Yema est la Mère primordiale symbolisant l’eau chez les Yoruba. Issue des eaux de l’océan, cette Mère-Eau vit dans les rivières et les poissons sont ses enfants. Les statues qui la représentent sont souvent ornées de coquillages.
Oshun
est la fille d’Obatala (créateur de l’humanité et fils de l’Etre Suprême, Olorun) et de Yema ou Yemandja, la sœur d’Oya qui, elle représente le monde des morts. Oshun a pour frère compagnon un redoutable guerrier, Elega qui, symbolisé par les rochers, est le gardien des chemins et du destins des hommes. Cette divinité de la pluie, des eaux douces et des rivières, l’une des épouses de Shango, le dieu du tonnerre, du feu, du métal et de la guerre,  personnifie l’amour, la sensualité, la délicatesse des sentiments, mais gare à celui qui la trompe : sa tristesse s’accompagne d’implacables châtiments. Afin de mettre leur vie sous la protection de cette déesse de l’amour, les jeunes femmes procèdent à des ablutions sur les plages de la rivière d’Oshun et dans ses sanctuaires gardés par l’odo, la prêtresse de l’eau.
Dans le sud-ouest du Nigeria, à environ 300 km de Lagos, un Etat (Oshun), une ville (Oshogbo) portent son nom, ainsi qu’une rivière (Oshun) qui s’écoule dans une forêt sacrée devenue symbole identitaire du peuple Yoruba.

La forêt sacrée d’Oshun,ville inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial – UNESCO en 2005

La dense forêt sacrée d’Osun, à la périphérie de la ville d’Oshogbo, est l’une des dernières zones de la forêt primaire qui subsiste au sud du Nigéria. Elle est considérée comme la demeure d’Oshun, une des divinités du panthéon yoruba. La forêt, sillonnée par la rivière Oshun, abrite des sanctuaires, des sculptures et des œuvres d’art érigés en l’honneur d’Oshun et d’autres divinités yorubas. Cette forêt est probablement la dernière forêt sacrée de la culture yoruba. Elle témoigne de la coutume, jadis très répandue, qui consistait à établir des lieux sacrés loin de toute habitation humaine.

Les ancêtres divinisés
Le lien avec les ancêtres donne lieu à un culte très vivant en Afrique. L’esprit d’un ancêtre, homme ou femme, dont la vie s’est déroulée harmonieusement, quitte sa dépouille mortelle pour retourner dans le monde sacré des divinités et des esprits. Ayant gagné l’éternité, l’ancêtre divinisé peut intervenir sur la vie de ses descendants, soit en les protégeant, soit en les punissant de mauvaises actions. C’est pourquoi des prières lui sont adressées, comme aux autres divinités, car l’Etre Suprême n’intervient pas dans la vie des hommes dont il délègue la gestion aux ancêtres, aux dieux ou esprits de la nature.

Cette croyance relie les populations à la dimension sacrée de la vie, à une forme d’éternité. Dans les sociétés traditionnelles, le temps n’est pas conçu, ni perçu, de la même manière que chez les populations vivant dans le monde moderne ; l’on ne s’y réfère pas en comptant des lois et des propriétés mesurables et immuables (minutes, heures, jours, mois…), mais selon des événements remarquables (naissance, mariage, mort… inondations, grande tempête…), résultats des actions humaines et qui ont marqué la vie collective et la mémoire d’une population.

L’âme des ancêtres non divinisés, mais qui n’ont pas commis de crimes, peut renaître dans la famille où elle a autrefois déjà vécu afin de se perfectionner.


LITTÉRATURE ORALE

La tradition orale permet de préserver et transmettre un patrimoine de générations en générations. Source importante d’information sur la culture d’une communauté, par exemple sur la valeur symbolique de la nourriture, la littérature orale est constituée de récits anonymes, mythes cosmogoniques, épopées, légendes, contes, fables, paraboles, chants, proverbes, dictons, devinettes, énigmes, jeux de doigts et, parfois, récits de vie. Si leur forme peut connaître plusieurs variantes, leur fond reste identique. Ces variantes diffèrent selon le contexte dans lequel et par qui elles sont contées : la région, le moment et la personnalité du conteur ou de la conteuse.
. La littérature orale remplit plusieurs fonctions :
. permettre à une communauté de se reconnaître une identité, une histoire, des valeurs, des croyances et des représentations symboliques communes ;
. transmettre et enseigner ses valeurs éthiques et morales sous une forme ludique ;
. assurer leur permanence et, ainsi, contribuer à la stabilité d’une culture commune.

Développée avant l’écriture, la littérature orale est universelle. De nos jours, elle occupe un espace culturel très important dans les sociétés africaines. En Afrique comme ailleurs dans d’autres sociétés, ces récits se content le plus souvent le soir, lorsque chacun a accompli ses tâches quotidiennes, autour d’un feu, dans la case, ou sous l’arbre à palabre à la belle étoile selon les saisons, mais toujours en public, excepté lorsqu’il s’agit de récits permettant de pratiquer un rite initiatique. Traditionnellement, une interaction soutenue prend place entre le conteur et son auditoire qui manifeste sa présence, son attention et sa complicité par un acquiescement vocal, un mot ou bien un son particuliers faisant intervenir ce que l’on nomme la « fonction phatique », fonction linguistique destinée à créer le contact et le maintenir entre deux personnes.

Selon Roman Jakobson (1896, Moscou – 1982, Boston), l’un des linguistes les plus importants du 20ème siècle en initiant le développement de l’analyse structurelle du langage, de la poésie et de l’art, « le langage doit être étudié dans toutes ses fonctions ». Collaborateur de Claude Lévi-Strauss  à l’Ecole libre des hautes études (fondée à New York  en 1942), Jakobson définit ainsi la fonction phatique : « ce sont des messages qui servent essentiellement à établir, prolonger, ou interrompre la communication, à vérifier que le circuit fonctionne ("Allô, vous m’entendez ?"), à attirer l’attention de l’interlocuteur, ou à s’assurer qu’elle ne se relâche pas ».

Schéma général de la communication humaine, réalisé par Skadge (alias de l’informaticien Séverin Lemaignan) d’après Jakobson (1963) : entre parenthèses, les fonctions de communications associées).


Qui sont les conteurs ?  Dans les sociétés traditionnelles où plusieurs générations cohabitent dans la même maisonnée, ce peut être les personnes âgées. Leur état les dégageant des activités de subsistance, les récits oraux leur permettre de remplir une fonction pédagogique auprès des jeunes générations, voire une fonction préventive en indiquant dans leurs récits les risques liés aux excès et turbulences propres à la jeunesse.


Lassana Kamissoko poursuit l’œuvre
de son père, Wâ Kamissoko.

Photo UNESCO / C.Brelet

En Afrique, les griots sont la mémoire vivante d’une communauté, une mémoire parfois très ancienne –
à l’instar du regretté Wâ Kamissoko qui transmit quelque huit siècles d’histoire du Pays Mandingue au célèbre ethnologue malien, Youssouf Tata Cissé.  Le griot ou djéli en mandingue (Mali) communique la littérature orale de manière professionnelle. Il en est le dépositaire officiel. Réputé pour son savoir et sa sagesse, le griot est un homme influent dans les sociétés de l’Afrique de l’Ouest ; il peut intervenir en tant que médiateur en cas de conflits, voire conseiller des hommes politiques. Son activité ou « griotisme » est désignée par le terme djéliya, signifiant « transmission par le sang ». Le griot appartient à une caste d’hommes et de femmes, les griottes, unis par les liens du sang. Les mariages inter-castes, exogamiques, sont prohibés. Ces familles sont spécialisées en généalogie, permettant ainsi de conserver la mémoire de l’histoire de leur ethnie et de leur pays,  ou bien en art oratoire, ou bien encore en art musical. L’apprentissage du griot se fait de manière très progressive, en neuf paliers successifs de sept années chacun.

Les récits des griots s’émaillent parfois de proverbes, énoncés courts, souvent lapidaires et rimés. Les proverbes évoquent une sagesse intemporelle, éternelle qui peut s’inspirer de l’observation des phénomènes naturels où l’eau joue un rôle de premier plan chez les populations riveraines des grands fleuve.

Proverbes liés à l'eau en Afrique de l'Ouest

Burkina Faso
Pour arriver à la source, il faut nager contre le courant.

Ghana
La rivière a beau être à sec, elle garde son nom. – Ghana.

Mali
Même si un tronc d’arbre reste dans l’eau, il ne se transformera jamais en caïman.
Toute mère est un fleuve.
L’hippopotame vit dans l’eau mais il sort pour boire la rosée.
Un mendiant assoiffé ne refuse jamais l’eau du marigot.
Les proverbes ressemblent aux papillons; on en attrape quelques-uns, les autres s'envolent !
Une larme qui tombe dans un vase d’eau n’a d’autre destinée que de disparaître.
Donner de l’amitié à qui veut de l’amour c’est comme donner du pain à quelqu’un qui a soif.

Nigeria
C’est avec l’eau du corps qu’on tire celle du puits.
La pluie ne tombe pas sur un seul toit.

Sénégal
Le vieil éléphant sait où trouver de l'eau.
L'eau chaude n'oublie pas qu'elle a été froide.
Qui nage dans le sens du courant fait rire les crocodiles.
Le sang est plus épais que l'eau.
Si la personne partie puiser l'eau n'est pas de retour, c'est que les calebasses ne sont pas encore remplies Ne jette pas la provision d'eau de ta jarre parce que la pluie s'annonce.

 


TRAVAUX DES CHERCHEURS ET DES ÉTUDIANTS DE LA FLASH

- Masques et marionnettes sur le fleuve : analyse de la compétition culturelle et économique entre les sociétés riveraines des communes de Markala et Pelengana, par Adama DIAKITÉ

- Les mutations sociales : de la tradition à l’islam au Mali, par Drissa KANAMBAYÉ

- Le fleuve Niger comme source du rapport de cousinage, fondement de la culture et de la paix des communes de Mopti et Konna, par Youssouf SACKO

- Chasse et environnement : rapports entre le chasseur fondateur de village et le fleuve Niger, par Nouhoum TRAORÉ


BIBLIOGRAPHIE

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