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REGIONS HYDROLOGIQUES ET CULTURELLES


Introduction
L'Afrique et ses 54 États
Mouvements de populations et migrations
Afrique de l'Ouest
Le Mali
Travaux des chercheurs et des étudiants de la FLASH
Bibliographie

INTRODUCTION

Il est évident que seuls les humains définissent ce que sont la nature et les ressources naturelles, et ils le font selon la perception, leurs désirs, leurs besoins, leurs connaissances et leurs coutumes. Certains pensent qu’un certain type d’environnement naturel détermine un certain type de culture. Cette idée semble cependant peu précise, car chaque critère géographique sélectionné en fonction de l’hydrologie, du climat, de la végétation ou même de la zoologie offre un aspect différent d’une « biorégion » ou « écorégion ». D’autres personnes soulignent que l’interaction constante entre la nature et la culture résulte en une coévolution permanente et produit donc des phénomènes temporaires.

L’eau fournit des ressources indispensables à la survie de toutes les espèces et à leur développement, qu’elles soient végétales, animales (les cartes de la faune et de la végétation d’une région présentent des limites très similaires) ou humaine. L’eau est si nécessaire à la vie que les régions hydrologiques constituent les plus importantes « régions naturelles » ou « biorégions ». De plus, depuis la préhistoire, les humains se sont regroupés le long des voies d’eau, des rivières, fleuves et lacs. C’est sur leurs rives – celles du Nil, du Tigre et de l’Euphrate, de l’Indus et du Yangtzé – que sont apparues les grandes civilisations. Ce fait montre que la coïncidence entre les régions hydrologiques et les régions culturelles peut contribuer de manière très utile à améliorer les politiques liées à l’eau et sa gestion, en particulier aujourd’hui alors que le réchauffement climatique et la crise écologique ne cessent de s’amplifier.

Une interaction complexe, ainsi qu’une étroite correspondance existent habituellement entre, d’une part, la biodiversité et, d’autre part, la diversité culturelle et linguistique. Néanmoins, dans certaines régions, des sociétés qui vivent encore dans le même environnement naturel, après avoir développé des activités de subsistance très similaires avant d’être gagnées par la Modernité et la culture industrielle, se comportent maintenant de manière très différente vis à vis de leur environnement local. C’est le cas, par exemple, des forêts tropicales où l’agroforesterie détruit de manière dramatique l’environnement naturel : la disparition rapide des ressources forestières accroît l’érosion des sols qui entraîne à son tour une diminution des ressources en eau.

Les régions hydrologiques coïncident avec des régions culturelles très anciennes. Lorsqu’une population devient consciente d’appartenir à ce type de région, c’est une chance pour qu’elle comprenne que l’eau est une ressource partagée. Partager des valeurs, des connaissances et des ressources liées à l’eau facilite la prévention et la résolution des conflits pour peu que l’on parvienne à intégrer certaines interactions possibles entre la diversité linguistique et culturelle et la biodiversité. Favoriser cette prise de conscience, celle d’appartenir à une même biorégion et d’avoir à partager les mêmes ressources en eau, peut à la fois empêcher la destruction de la diversité bioculturelle et stimuler le dialogue entre les professionnels de l’eau, les responsables locaux sensibles à cette problématique et le public.

Africa, notre mère à tous

Selon diverses études génétiques menées sur nos origines, l’humanité descendrait d’une « Eve » africaine et nos ancêtres africains auraient ensuite progressivement occupé le reste du monde. Le premier homme qui se tient droit, Homo erectus, et apparaît en Afrique orientale il y a environ 2 millions d'années ; il perfectionne ses outils taillés dans la pierre et utilise le feu. Il y a environ de 300.000 à 400.000 ans, les premiers membres de Homo sapiens apparaissent, toujours en Afrique où Homo sapiens sapiens se répand avant de gagner le reste du monde, atteignant l’Europe il y a peut-être 40.000 ans et l’Amérique, il y a environ 15.000 ans.
L’eau a toujours été le vecteur de migrations, un moyen de transport et d’échange et cela explique son rôle crucial dans la colonisation de la Terre par l’humanité.
L’eau, source de vie, est abondante dans plusieurs régions africaines grâce à ses grands lacs et ses immenses fleuves, notamment le Congo, le Niger, le Nil, le Sénégal et le Zambèze. Les grands lacs africains représentent environ 30.000 km3 d’eau douce, un volume plus important que n’en possède n’importe quel autre continent de notre planète. Les zones humides, souvent associées aux lacs et aux fleuves, constituent d’importantes réserves d’eau et abondent en espèces sauvages. Les plus importantes de ces zones humides sont :

  • le delta de l’Okavango, troisième cours d'eau d’Afrique australe par sa longueur (environ 1.700 km) qui prend sa source en Angola central, avant de traverser la Namibie pour atteindre le Botswana, mais dont les eaux ne rejoignent pas l’océan et termine leur course dans un vaste delta situé dans le désert du Kalahari ;
  • le marais du Sudd (de l'arabe Sadd ou « barrière »), dans le sud du Soudan ; formé par le Nil Blanc ou Haut Nil, c’est l'une des plus grandes zones humides de notre planète et la plus grande zone humide d'eau douce dans le bassin du Nil ;
  • le bassin du lac Victoria, partagé par le Kenya (6%), la Tanzanie (51%) et l’Ouganda (43%), est le deuxième plus grand lac d’eau douce du monde et le plus grand d’Afrique avec ses 68 800 km². Malheureusement, sa faible profondeur (d’où un important rapport surface/volume) le rend vulnérable aux changements climatiques et, depuis l'introduction de la perche du Nil, l'eutrophisation de l'eau et l'invasion par la jacinthe d'eau, sa biodiversité a fortement diminué ;
  • le bassin du lac Tchad, l’un des berceaux de l’humanité ; ce lac d’environ 350 000 km², il y a environ 5 ou 6.000 ans, retrouve une superficie analogue à chaque période très humide ;
  • les plaines inondables et le delta intérieur du Congo (fleuve le plus long d’Afrique après le Nil, et dont le débit est le second du monde après celui de l’Amazone), d’environ3.730.880 km², classé sur la liste des zones humides d’importance internationale de la Convention Ramsar ;
  • les plaines inondables et le delta intérieur du Niger, d’une superficie d’environ 43.180 km², également sur la liste de la Convention Ramsar ;
  • les plaines inondables et le delta du Zambèze (quatrième fleuve d'Afrique par sa taille, son bassin versant couvre 1,3 million de km²) dont la zone humide, cruciale lors des inondations quand le fleuve quitte son lit, absorbe de grandes quantités d'eau en les fixant dans le sol, mais ne couvre plus que 7,2 %  du bassin et mérite une attention accrue de la part des Etats que traverse le Zambèze car sa destruction prive les populations de leur approvisionnement en ressources naturelles et peut rapidement causer des conflits.

    La Convention Ramsar ou Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971), « est un traité intergouvernemental qui incarne les engagements de ses États membres à maintenir les caractéristiques écologiques de leurs zones humides d'importance internationale et à planifier ″l'utilisation rationnelle″, ou utilisation durable, de toutes les zones humides se trouvant sur leur territoire. La Convention de Ramsar n'est pas affiliée au système d'Accords multilatéraux sur l'environnement des Nations Unies (AME), à la différence des autres conventions mondiales du domaine de l'environnement, mais elle travaille en étroite collaboration avec les autres AME et elle est un partenaire à part entière du groupe de traités et d'accords ″relatifs à la biodiversité″ ». Source : http://www.ramsar.org

  • La plupart des fleuves africains traversent des plateaux et, dans leur course vers les côtes, ils deviennent des rapides et de grandes chutes d’eau. Cela suggère que leur cours supérieur, au-dessus des deltas intérieurs, s’écoulent vers les bassins intérieurs tandis que leur cours inférieur gagne les côtes. Une théorie suggère qu’autrefois, ces fleuves s’écoulaient dans de grands lacs ou mers intérieures, formant ainsi ce qui constitue maintenant des deltas à l’intérieur des terres, et que, plus tard, les eaux s’échappant de ces lacs et ces mers, formèrent ces rapides et ces chutes d’eau au fur et à mesure que leurs cours inférieur devinrent des fleuves : le Zaïre, le Zambèze, le Nil et le Niger. Dans les régions sableuses de la partie supérieure de l’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina, Mali…), l’on trouve de l’eau à de grandes profondeurs dans le sol qui a ainsi résisté à la percolation ou à l’évaporation dues au climat.

    La distribution inégale des ressources en eau sur le continent africain crée de grandes disparités.

    Quatorze pays d’Afrique souffrent actuellement d’une raréfaction de leurs ressources en eau, et 11 autres pays devraient connaître le même sort vers 2025, où alors 50% de la population africaine prévisible (1,45 milliard de personnes) devra faire face à une raréfaction, voire une pénurie d’eau. En Afrique subsaharienne, près de 51% de la population (300 millions de personnes) n’a pas accès à une eau de qualité et 41% ne bénéficie pas de conditions sanitaires décentes (assainissement).

    Raréfaction de l’eau et stress hydrique en Afrique en 2025.

    Source : Commission économique de l’ONU pour l’Afrique. Addis Ababa: Global Environment Outlook 2000 Geo PNUE, Earthscan, Londres, 1999, Population Action International.

    Plus de 80 bassins fluviaux et lacustres du continent africain sont partagés entre deux ou plusieurs Etats, et de nombreux pays sont tributaires de l’eau apportée par des fleuves et rivières dont la source se situe hors des frontières nationales. Partager ces eaux jouera un rôle crucial dans les relations entre différents Etats, alors que le continent africain devra faire face à une croissance démographique conjuguée à une sécheresse récurrente dans le Sahel (par exemple, au Burkina), ou à des inondations (Malawi, Mozambique et ailleurs en Afrique du Sud), ainsi qu’à des famines.

    Photos © C.Brelet
    Le difficile approvisionnement en eau lorsqu’elle se fait rare àOuagadougou n’empêche pas la bonne humeur…

    Le réseau des fleuves et rivières relie presque tous les pays africains entre eux. Autrefois, les populations de ce continent n’étaient pas isolées, mais reliées entre elles grâce au vaste réseau hydrologique du continent qui, aujourd’hui encore, peut favoriser l’union de ces pays et contribuer à nourrir l’extraordinaire trésor que constituent sa biodiversité et sa diversité culturelle.
    Néanmoins, il est reproché à certains projets d’infrastructure à grande échelle destinés à l’exploitation des eaux, en particulier la construction de barrages, d’aggraver l’impact des inondations et des sécheresses, et de compromettre ainsi les bases de subsistance de la population en restreignant encore son accès à l’eau – et à l’assainissement.


    L'AFRIQUE ET SES 54 ÉTATS

    Le continent africain comprend 54 pays correspondant à cinq grandes régions :

    • Afrique du Nord : Algérie, Egypte, Libye, Maroc, Sahara occidental (Territoire non autonome selon l’ONU, n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique).

    • Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali (Mande), Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

    • Afrique Centrale (selon la référence de l’ONU concernant les catégories géographiques des sous-régions) : Angola, Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Tchad, République du Congo, République démocratique du Congo, Sâo Tomé et Principe.
      .
      Afrique australe : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe (la RDC et les Seychelles sont membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe).

      Afrique de l’Est
       : Comores, Djibouti, Erithrée, Ethiopie, Kenya, Madagascar, Seychelles, Somalie, Soudan, Ouganda (parfois le Burundi, Maurice, le Rwanda et la Tanzanie sont aussi inclus dans cette région).

    En Afrique, les frontières sont des héritages historiques : « L’administration européenne n’a pas tenu compte des divisions humaines et naturelles de l’Afrique de l’Ouest, créant de nouvelles unités politiques agglomérant à la fois des savanes et des zones forestières » (BEAVER, S.H. [1970] West Africa. London, Longman: xxix). L’acculturation aux différentes politiques introduites par les Européens se traduit maintenant par la capacité qu’ont les Africains à intégrer certaines caractéristiques du monde industrialisé tout en respectant les meilleures valeurs et pratiques de leurs cultures ancestrales. Etre multiculturel et polyglotte n’est pas nouveau sur ce continent où il est encore difficile d’évaluer le nombre exact de langues, de 1.000 à 1.500, voire 2.000, selon les estimations.

    Pour plus d’informations sur la richesse linguistique de l’Afrique, consulter le site du Llacan (Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noire), une Unité Mixte de Recherche qui associe le CNRS et l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco) autour d'un projet scientifique d'étude et de description des langues de l'Afrique subsaharienne. : http://llacan.vjf.cnrs.fr
    Le Llacan envisage le fait linguistique dans sa globalité, de la dimension culturelle (ethnolinguistique et littérature orale) à l’insertion des langues africaines dans le contexte international (langues et littérature écrite ; langues et développement ; langues et nouveaux medias) sans oublier l'apport des langues africaines aux débats théoriques de la communauté scientifique : histoire du peuplement de l'Afrique ; structures des langues dans leur dimension typologique (syntaxe, phonologie, etc.) ; linguistique cognitive.
    Le Llacan s’investit dans une politique d’archivage des corpus oraux de ses chercheurs, des linguistes de terrain, en réponse à l’initiative lancée par le CNRS et mise en place par le CRDO (Centre de Ressources pour la Description de l’Oral) : http://crdo.risc.cnrs.fr/exist/crdo/

    Cette abondance linguistique reflète la riche et complexe diversité culturelle existant sur ce continent, mais qui rend difficile la gestion de l’eau entre les Etats riverains. Chaque Etat africain partage au moins un important cours d’eau avec un autre Etat et environ 34 autres sont partagés par deux Etats. La moitié des fleuves internationaux du continent, soit 28, sont partagés par trois Etats ou plus. Le Congo, le Limpopo, le Niger, le Nil, l’Ogooué, l’Okavango, l’Orange, le Sénégal, la Volta et le Zambèze (dix des bassins versants internationaux en Afrique) sont partagés entre quatre pays ou plus. Le Nil, le plus long fleuve de notre planète (6.875 km) coule dans dix pays : le Burundi, l’Egypte, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, la République démocratique du Congo, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie et l’Ouganda.


    MOUVEMENTS DE POPULATIONS ET MIGRATIONS

    Les grands fleuves ont toujours joué un rôle essentiel dans l’histoire de l’Afrique, en tant que moyen de transport facilitant son développement culturel, économique et politique. Les vallées fluviales ont été le berceau de grandes civilisations et c’est aussi par ces vallées que les Européens ont pénétré l’Afrique.

    L’exploration du Nigeria a été plus facile lorsque le véritable cours du fleuve Niger a été découvert en 1830, malgré le paludisme qui ravagea les expéditions européennes jusqu’à ce qu’en 1854, William Baikie, un médecin écossais engagé également comme  naturaliste, prouve les bienfaits de l’usage préventif de la quinine : aucune vie n’étant perdue pendant les 118 jours que dura son expédition, il prouva également ainsi que des Européens pouvaient survivre au climat de cette région.
    Source : BAIKIE, W [1856, 1966]. Narrative of an Exploring Voyage up the Rivers Kwora and Binue. London. Routledge.

    Au cours des trois stades de l’évolution de l’humanité – de la préhistoire, stade nomade de la chasse et de la cueillette à la révolution néolithique (lorsque les humains se sédentarisent afin de récolter les produits de l’agriculture), puis au stade des échanges commerciaux – les mouvements des populations ont toujours dépendu de l’eau, du gibier, du poisson et des végétaux comestibles qu’elles pouvaient trouver sur les rives des cours d’eau et des lacs. Depuis l’aube de l’humanité, les bassins versants de l’Afrique ont accueilli les tout premiers campements humains.
    Il était plus facile pour les premiers hommes de se déplacer le long des rives des fleuves, des rivières et des lacs, que de se risquer à traverser les denses forêts tropicales, pleines de fauves et de mystères. Sur ces rives, les populations pouvaient facilement s’approvisionner en eau pour se désaltérer, cuisiner, se laver, pêcher, chasser puis, avec la révolution néolithique, cultiver et élever du bétail. Les premiers campements devinrent des villages, puis des villes et des cités fondées par des groupes autochtones.
    En Afrique, trois critères permettent de distinguer de grandes unités ou régions culturelles : la végétation (savane, bandes forestières formant des zones horizontales reflétant les ressources hydrologiques, y compris la pluviométrie), les ressources hydrologiques, le continuum géographique qui s’étend du Sahara au Cap, et de l’Atlantique à l’Océan Indien. Ce continuum comprend les diverses catégories de techniques de production et d’acquisition, de croyances, mythes et cosmovisions (manières de comprendre le monde ou, en allemand, weltanschauung) qui existent sur ce continent. Tous ces éléments sont traditionnellement reliés les uns aux autres, au contraire de la vision occidentale héritée de la Renaissance européenne et selon laquelle chaque catégorie est fixe et doit être isolée des autres.

    En attente...

    1.L’Afrique et sa couverture végétale 
    ’U.S. Central Intelligence Agency (1986)

    2. L’Afrique et ses bassins versants

    3. Carte linguistique de l’Afrique – Atlas historique de l’Afrique


    AFRIQUE DE L'OUEST

    La géographie de l’Afrique de l’Ouest reflète sa diversité culturelle. Cette partie de l’Afrique se situe entre l’océan Atlantique à l’Ouest et au Sud, le Sahara au Nord et vers le 10e méridien à l’Est. Le fleuve Niger est considéré comme marquant la frontière septentrionale de cette région, mais sa frontière orientale est placée, selon certains, le long de la rivière Bénoué (1370 km de long, principal affluent du fleuve Niger, traverse le Cameroun, puis le Nigeria) et, selon d’autres, suivant un axe reliant le mont Cameroun au lac Tchad.
    Cette région couvre 6 140 000 km2, soit environ un cinquième du continent africain. Elle est essentiellement composée de plaines d’une altitude inférieure à 300 mètres. Sa côte sud est parsemée de sommets isolés.
    La partie nord de cette région est occupée par une zone de transition aride à semi-aride entre le désert du Sahara et l’Afrique intertropicale. le Sahel qui  forme une bande de 160 à 240 kilomètres de large. Sa partie sud, bénéficiant de fortes précipitations alternant avec une longue saison sèche,  était autrefois couverte de forêts denses.
    Les premiers hommes ont peuplé l’Afrique de l’Ouest vers 12.000 ans av. J.-C. Ces populations s’y sont sédentarisés vers 5.000 av. J.-C., au fur et à mesure qu’ils ont développé l’agriculture et l’élevage. Dès le IVe siècle av. J.-C., leur maîtrise du fer leur permit d’améliorer leur productivité agricole, puis le commerce se développant, les premières cités-États apparurent. La domestication du chameau permit d’établir des routes commerciales à travers le Sahara avec les civilisations méditerranéennes, notamment Carthage, et avec les Berbères ou Imazighen, ethnies d’Afrique du Nord qui occupaient de larges territoires s’étendant de la vallée de Nil à l’Atlantique et à l’ensemble du Sahara où des tribus confédérées fondèrent de puissants royaumes.
    Ce développement économique favorisa l’apparition d’États centralisés. L’empire du Ghana, formé dès le VIIIe siècle apr. J.-C., sur le territoire de l’actuelle Mauritanie, domina la région jusqu’à l’invasion des Almoravides en 1052. Le royaume de Sosso, qui tenta de lui succéder, fut vaincu par le chef mandingue Soudjata Keïta, fondateur de l’empire du Mali en 1232. Puis les Songhai fondèrent leur empire au XVe siècle autour de Gao, alors qu’au sud du Soudan, de puissantes cités-États se constituèrent sur le territoire de l’actuel Nigeria, notamment Ife et qu’à l’est, les Yoruba fondèrent l’État d’Oyo et les Igbo la fédération d’Aro.

    LE MALI

    Le Mali, d’une superficie de 1 241 238 km², est le plus vaste État de l’Afrique de l'Ouest après le Niger. Il est enclavé entre au Nord : la Mauritanie et l’Algérie,
    . à l’Est : le Niger,   au Sud : le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire,  au Sud-Ouest : la Guinée et
    . à l’Ouest : le Sénégal.

    Traversé par deux grands fleuves, le Niger et le Sénégal, le Mali est constitué de vastes plaines alluviales, dominées par quelques plateaux calcaires et grès (plateaux Mandingue et Dogon). Son point culminant est le Mont Hombori (1.155 m), dans le massif rocheux prolongeant la falaise de Bandiagara dans la région de Mopti.
    Le fleuve Niger s’écoule sur 4.200 km ; c’est le troisième plus long fleuve d’Afrique, dépassé seulement en longueur et en surface de drainage par le Nil et le Congo, et le neuvième plus grand système fluvial au monde. Il prend sa source au Fouta-Djalon en Guinée et se jette dans l’Océan Atlantique au Nigeria après avoir traversé la Guinée, le Mali, le Niger et le Nigeria.
    Le bassin du fleuve Niger englobe 1.500.000 km² (7,5% du continent africain) dans 10 pays
    africains : l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger, et le Nigeria. 25% de la surface de son bassin se trouve au Mali où il couvre 47% de la surface du pays.

    La surface totale du Delta Intérieur du Niger, un réseau d’affluents, canaux, marais et lacs, peut atteindre environ 30.000 km² en saison de crue. La zone du delta est marécageuse et les sols sont sableux. C’est pourquoi, à cause de son infiltration dans le sable et de son évaporation due au climat, le fleuve Niger perd presque les deux tiers de son cours potentiel entre Ségou et Tombouctou.

    Le fleuve Niger se porte mal aujourd’hui.

    Jusqu’au début des années 1970, le fleuve Niger était navigable de juillet à janvier sur un long cours. Sa période navigable est maintenant réduite de fin octobre à fin janvier. Son apport annuel, autrefois de 30 milliards de m3 n’atteint plus que 20 milliards de m3 en moyenne, soit une perte de 33%. Le minimum absolu a été enregistré en 1984/1985 avec un débit total de 13 milliards de m3 seulement. Le fleuve a cessé de couler pour la première fois de mémoire d’homme, en mai 1985. Depuis le début du 2ème siècle, date des premiers enregistrements disponibles, jamais une telle période de sécheresse, à la fois en intensité et en durée, ne s’était produite. Les apports hydrauliques sont de plus en plus faibles, les nappes phréatiques s’enfoncent. Cette raréfaction de l’eau signifie moins de ressources pour cultiver les champs et abreuver le bétail, combinée à une forte croissance démographique, des activités devenant antagonistes et donc moins de chance pour la paix et la lutte contre la pauvreté. L’érosion et l’effritement de la source du Niger, à Farhana, sont visibles aux quantités de sable qu’elle produit depuis plusieurs années. Non seulement, l’eau se raréfie, mais encore elle est aussi polluée par des rejets toxiques et la vie aquatique étouffe sous la prolifération de la jacinthe d’eau.

    Climat
    Le Mali connaît trois zones climatiques

    • au Nord,  une zone désertique couvre les 70% du pays : c’est le Sahara méridional ou Azawad, où les précipitations n’atteignent que 127mm/an ;
    • au centre : la région sahélienne est couverte d’une steppe évoluant en savane au Sud ; les pluies tropicales y sont insuffisantes, mais des marécages se trouvant dans le centre et les bras aménagés du fleuve Niger permettent la culture du riz, du coton, de l’arachide, du mil, du sorgho…
    • au sud : les précipitations atteignent 1.400 mm/an et la température y est relativement plus clémente (24° à 32°C) ; la savane devient de plus en plus dense, jusqu’à  se constituer en forêt

    Les zones arborées ne couvrent que 10% du territoire national malien.

    Population
    Le Mali a 13 millions d'habitants ; les enfants de moins de 15 ans constituent presque la moitié de sa population. La majeure partie de ses habitants vit en zone rurale. Sa densité démographique s’élève de 90 hab./km² dans le delta central du fleuve Niger à moins de 5 hab./km² dans la région saharienne du Nord.

    Culture
    La population du Mali se caractérise par la grande diversité des groupes ethniques qui se sont installés dans le delta intérieur du Niger et tout au long de ce fleuve Niger dont ils tirent leurs ressources quotidiennes. Cette diversité ethnique s’accompagne d’une grande diversité culturelle que les autorités de la République du Mali valorise. En effet, elle peut jouer un rôle très important dans le processus de développement du pays comme facteur de paix et comme moyen de lutte contre la pauvreté. Dans la région couverte par le fleuve Niger, les divisions entre ses différents usagers sont très importantes. Elles sont récurrentes entre les Soroko/Bozo ou « maîtres de l’eau », les Bamana ou « maîtres de la terre », les Peul ou « maîtres des pâturages et les anciens esclaves qui sont de plus en de plus des acteurs incontournables de la production agricole et de la vie politique. Si l’eau est à la source de ces divisions, elle a en même temps généré une dynamique de coexistence pacifique, de prévention et résolution des conflits. Connue sous le nom ancestral de sanankuya, littéralement « cousinage à plaisanterie », elle est aussi définie comme une « alliance cathartique avec fonction purificatrice » et constitue le socle de la formation de nation malienne.

    TRAVAUX DES CHERCHEURS ET DES ÉTUDIANTS DE LA FLASH

    - Les changements climatiques et la diversification des activités économiques des pêcheurs dans les communes de Kewa, Djenné et Pondori, par Mahamadou ABOCAR

    - Changements climatiques et pêche. Quel avenir pour les Baalama, les « gens du fleuve », dans la commune urbaine de Ségou et dans communes rurales de Sébougou et Markala ? par Fatoumata M. MAÏGA

    - Les changements climatiques dans les communes de Mopti et Konna : Perceptions des populations riveraines des changements climatiques, par A.TOURÉ

    BIBLIOGRAPHIE

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